Ahmed Sékou Touré, l'homme qui avait dit "non" à la France

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Ahmed Sékou Touré, né le 9 janvier 1922 à Faranah en Guinée française et mort le 26 mars 1984 à Cleveland, est le premier président de la République de Guinée, en poste depuis l'indépendance obtenue de la France en 1958 jusqu'en 1984.
1958, Les Guinéens disent « Non » au référendum parrainé par le gouvernement français sur l'union-partenariat avec la France et choisissent l'indépendance totale, qu'ils obtiennent le 2 octobre 1958 avec Sékou Touré à la tête du pays. La Guinée est la seule des colonies africaines de la France à voter pour l'indépendance immédiate plutôt que continuer une association avec la France tandis que le reste de l'Afrique francophone choisit l'indépendance deux ans plus tard, en 1960. Le président De Gaulle réagit en ordonnant aux fonctionnaires et techniciens français de quitter immédiatement la Guinée, ce qui suscite un certain nombre de difficultés pour le jeune État guinéen. Les colons français emportent avec eux tout leur matériel de valeur, rapatrient les archives souveraines françaises et, surtout, les liens économiques sont rompus. Malgré les difficultés, Sékou Touré affirme « préférer la liberté dans la pauvreté que la richesse dans la servitude »
De 1965 à 1975, il rompt toutes ses relations avec la France, ancienne puissance coloniale. Les frictions entre la France et la Guinée sont fréquentes. Aux tentatives de renversement du président guinéen, dont il accuse les autorités françaises, la Côte-d'Ivoire ou le Sénégal d'être l'auteur, Sékou Touré répond par des provocations et une répression contre l'opposition. Craignant une intervention militaire pure et simple de l'ancien colonisateur, le chef d'État se range dans le camp socialiste, oscillant entre le maoïsme pour bénéficier des aides chinoises et l'orthodoxie soviétique pour rentrer dans les bonnes grâces de l'Union soviétique. Dans les années 1960, il est le premier président africain à se rendre en visite officielle en Chine, qui apporte des aides financières à la Guinée. L'indépendance de la Guinée démarre sur un conflit de séparation avec la France. En 1958, Sékou Touré refuse de poursuivre un pacte post-colonialiste avec la France, un non-alignement qui froissera le général de Gaulle jusqu'à la fin de son mandat. Le 25 août 1958, après des visites triomphales à Madagascar, au Congo et en Côte d'Ivoire, le général de Gaulle est froidement reçu par Sékou Touré qui déclare dans son discours « Je préfère la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage », à quoi de Gaulle rétorque « l’indépendance est à la disposition de la Guinée [...] la métropole en tirera, bien sûr, des conséquences ». L'indépendance de la Guinée est vécue comme une humiliation par les politiques français qui se vengent en fermant complètement la porte à la Guinée. Les liens diplomatiques sont définitivement rompus en 1965.
Sékou Touré estime que l'Afrique a perdu beaucoup pendant la colonisation et qu'elle devrait riposter en coupant les liens avec les anciens pays coloniaux. C’est seulement en 1978 que le président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, effectue une visite officielle, en signe de réconciliation.
Tout au long de son conflit avec la puissance coloniale, le panafricain tiendra ferme sa position et il pouvait compter sur l'appui de quelques amis. Ses principaux alliés dans la région sont les présidents du Ghana Kwame Nkrumah et du Mali Modibo Keïta. Après que Nkrumah est renversé par un coup d'État en 1966, Touré lui offre refuge en Guinée et fait de lui le coprésident. En tant que dirigeant du mouvement panafricaniste, il s'en prend toujours aux anciennes puissances coloniales, et se lie d'amitié avec des militants afro-américains comme Malcolm X et Stokely Carmichael, à qui il offre l'asile. Touré, avec Nkrumah, contribuent à la formation du Parti révolutionnaire du Peuple africain (All-African People's Revolutionary Party) et aident les guérilleros du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) dans leur lutte contre le colonialisme portugais en Guinée portugaise.




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